Infogérance cloud : comment un CTO peut garder la maîtrise stratégique, réduire les risques et optimiser les coûts tout en s’appuyant sur un prestataire externe.
Infogérance cloud : comment reprendre le contrôle sans tout internaliser

Pourquoi l’infogérance cloud remet en cause le rôle technique du cto

Quand l’infogérance cloud bouscule le périmètre du CTO

Avec l’infogérance cloud, une partie importante de l’infrastructure, des systèmes et des services cloud sort du périmètre direct de l’équipe ops pour passer chez un prestataire ou un fournisseur de services. Pour un CTO, cela change profondément la manière de piloter le système d’information, la gestion de l’infrastructure et la maintenance informatique.

La promesse est séduisante : moins de contraintes opérationnelles, plus de temps pour le cœur métier, une meilleure sécurité, des services managés plus matures, une gestion des coûts plus prévisible. Mais dans la pratique, beaucoup d’entreprises, en particulier les PME, découvrent que l’infogérance cloud peut aussi diluer la responsabilité technique, créer des angles morts sur la sécurité des données et rendre plus floue la frontière entre ce qui relève du CTO et ce qui relève du fournisseur.

Le rôle du CTO ne disparaît pas, il se déplace. Il passe d’un pilotage direct des ressources informatiques et de l’infrastructure cloud à un pilotage de la relation d’infogérance, de la gouvernance et des mesures de sécurité. Ce déplacement n’est pas neutre : il impose de revoir la façon dont on définit les responsabilités, dont on suit les coûts et dont on arbitre entre cloud privé, cloud public et solutions hybrides.

De la maîtrise technique directe au pilotage par contrat

Dans un modèle classique, l’équipe interne maîtrise directement les systèmes informatiques, les plateformes, les ressources et la gestion de l’infrastructure. Avec l’infogérance, une partie de cette maîtrise passe par des contrats de services managés et des SLA. Le CTO doit alors :

  • traduire les besoins métier en exigences contractuelles claires pour le fournisseur de services ;
  • garantir que la sécurité des données, la conformité réglementaire et la disponibilité sont correctement couvertes ;
  • mettre en place une gestion rigoureuse des services cloud et du support technique fourni par le prestataire ;
  • préserver la capacité de l’entreprise à reprendre la main en cas de problème majeur ou de changement de fournisseur.

Ce changement de posture demande des compétences différentes : moins de configuration de serveurs, plus de pilotage de services managés, de lecture de contrats, de suivi d’indicateurs et de gestion de risques. Sans cadre clair, le CTO peut se retrouver coincé entre les attentes de la direction et les limites du prestataire, sans toujours avoir les leviers techniques pour agir rapidement.

Une complexité technique qui ne disparaît pas, elle se déplace

Le passage à l’infogérance cloud ne simplifie pas automatiquement le système d’information. Il le rend souvent plus distribué, plus dépendant d’APIs, de plateformes et de services cloud tiers. La gestion de l’infrastructure devient une orchestration entre plusieurs briques : cloud public, cloud privé, solutions on premise, outils de gestion et de supervision, services de sécurité.

Le CTO doit continuer à comprendre en profondeur l’architecture cible, même si une entreprise d’infogérance gère le quotidien. Par exemple, l’optimisation de l’architecture réseau, indispensable pour la performance et la sécurité des services cloud, ne peut pas être entièrement déléguée. Des approches comme la virtualisation du châssis pour optimiser l’architecture réseau restent des sujets stratégiques que le CTO doit maîtriser pour arbitrer entre les différentes solutions proposées par le prestataire.

En pratique, cela signifie que l’équipe ops ne peut pas se contenter de « consommer » des services managés. Elle doit garder une vision claire des dépendances techniques, des flux de données, des mécanismes de sécurité et des impacts de chaque choix d’architecture sur les coûts, la performance et la résilience.

Pression accrue sur la sécurité, la conformité et les coûts

Avec l’infogérance cloud, la sécurité des données et la conformité réglementaire deviennent encore plus sensibles. Les entreprises confient leurs données et parfois des pans entiers de leur système d’information à un fournisseur de services. Le CTO reste pourtant responsable, aux yeux de la direction et des régulateurs, de la robustesse des mesures de sécurité et du respect des obligations légales.

En parallèle, la promesse d’optimisation des coûts n’est pas automatique. Sans cadre clair de cloud gestion, les services managés peuvent générer des dérives budgétaires : surdimensionnement des ressources informatiques, options de support technique peu utilisées, empilement de services cloud redondants. Le CTO doit donc rester au centre de la gestion des coûts cloud, même si la facturation passe par un prestataire.

Cette pression combinée sur la sécurité, la conformité réglementaire et les coûts oblige à clarifier la frontière entre ce qui relève de la responsabilité stratégique du CTO et ce qui peut être confié à l’entreprise d’infogérance. C’est précisément cette frontière qu’il faut redéfinir pour tirer pleinement parti des avantages de l’infogérance cloud sans perdre le contrôle sur l’infrastructure cloud et les enjeux critiques de l’entreprise.

Définir une frontière claire entre responsabilité stratégique et opérationnelle

Tracer la ligne entre pilotage et exécution au quotidien

Avec l’infogérance cloud, la tentation est forte de tout déléguer au prestataire : gestion des infrastructures, maintenance informatique, sécurité, voire certaines décisions d’architecture. C’est précisément là que le rôle du CTO peut se diluer si la frontière entre responsabilité stratégique et opérationnelle n’est pas clarifiée dès le départ.

Dans une entreprise, surtout une PME en croissance, le CTO doit rester le garant du système d’information, de la cohérence des services cloud et de la trajectoire technologique. Le prestataire d’infogérance cloud prend en charge l’exécution, mais ne doit pas décider seul de l’orientation des solutions, des plateformes ou des fournisseurs.

Une bonne pratique consiste à formaliser cette séparation dans les contrats et dans la gouvernance : qui décide de quoi, sur quels périmètres, avec quels indicateurs. Sans cela, la gestion du cloud se transforme en boîte noire, avec des impacts directs sur les coûts, la sécurité des données et la capacité de l’équipe technique à garder la main sur les ressources informatiques.

Ce qui doit rester sous la responsabilité du CTO

Le CTO ne doit pas se limiter à valider des factures ou des rapports de support technique. Même avec une entreprise d’infogérance très impliquée, certains sujets relèvent clairement de la responsabilité stratégique :

  • Vision et architecture cible du système d’information et de l’infrastructure cloud (cloud public, cloud privé, hybride) ;
  • Choix des fournisseurs de services : fournisseur de services cloud, prestataire d’infogérance, éditeurs de solutions ;
  • Arbitrages coûts / risques / performance : niveau de service attendu, budget, tolérance au risque, priorisation des services managés ;
  • Politiques de sécurité et exigences de conformité réglementaire (notamment sur la sécurité des données et les mesures de sécurité) ;
  • Alignement avec le cœur de métier : comment le cloud et l’infogérance soutiennent les produits, les clients, les équipes métier ;
  • Organisation de l’équipe ops et des compétences internes, même si une partie de l’infrastructure est opérée par un tiers.

Autrement dit, le CTO garde la main sur le modèle cible et sur les règles du jeu. Le prestataire, lui, intervient dans le cadre défini, avec des marges de manœuvre claires mais limitées. Cette approche permet de profiter des avantages de l’infogérance cloud sans perdre la maîtrise du système d’information.

Pour structurer cette vision, il est utile de travailler sur une architecture d’entreprise optimisée qui relie les choix d’infrastructure cloud, les services utilisés et les objectifs métier. Cela évite que les décisions techniques soient dictées uniquement par les contraintes du fournisseur de services ou par la facilité opérationnelle.

Ce qui peut être délégué au prestataire d’infogérance

À l’inverse, certaines activités sont typiquement du ressort du prestataire, dans un modèle de cloud gestion ou de services managés. L’enjeu pour le CTO n’est pas de les exécuter lui même, mais de les cadrer et de les contrôler.

  • Exploitation quotidienne des infrastructures et des systèmes informatiques : supervision, sauvegardes, patching, maintenance informatique ;
  • Gestion opérationnelle de la sécurité : application des mesures de sécurité, gestion des vulnérabilités, surveillance des accès, dans le cadre des politiques définies par l’entreprise ;
  • Gestion de la capacité et des ressources : dimensionnement des ressources informatiques, optimisation technique de l’infrastructure cloud ;
  • Support technique de premier et deuxième niveau sur les services cloud et les systèmes gérés ;
  • Production de rapports : disponibilité, incidents, indicateurs de performance, éléments de gestion des coûts.

Dans ce cadre, le prestataire devient un opérateur de confiance, mais pas un décideur stratégique. Il apporte des solutions, des recommandations, des retours d’expérience, que le CTO intègre ensuite dans sa feuille de route globale.

Clarifier les responsabilités sur la sécurité et la conformité

La sécurité et la conformité réglementaire sont souvent les zones les plus floues dans les contrats d’infogérance cloud. Pourtant, pour les entreprises qui manipulent des données sensibles, la moindre ambiguïté peut coûter cher, autant en termes de risques que de coûts de remédiation.

Le principe de base reste le même, quel que soit le modèle (cloud public, cloud privé, hybride) : l’entreprise reste responsable de ses données. Le fournisseur de services et l’entreprise d’infogérance sont responsables de la bonne mise en œuvre des mesures de sécurité qui leur incombent, mais ils ne portent pas la responsabilité finale vis à vis des clients, des autorités ou des partenaires.

Concrètement, il est utile de distinguer :

  • Responsabilité du CTO : définition des exigences de sécurité des données, choix des zones géographiques d’hébergement, politiques d’accès, niveaux de chiffrement, exigences de journalisation ;
  • Responsabilité du fournisseur de services cloud : sécurité physique, sécurité de la plateforme, certifications, engagements contractuels ;
  • Responsabilité du prestataire d’infogérance : configuration des services cloud, gestion des identités, durcissement des systèmes, surveillance, réponse aux incidents.

Cette répartition doit être documentée, partagée avec l’équipe ops et revue régulièrement. Elle conditionne aussi la façon dont seront gérés les audits, les contrôles de conformité et les plans d’amélioration continue sur la gestion de l’infrastructure et la sécurité.

Aligner la frontière stratégique / opérationnelle avec le cœur de métier

Enfin, la frontière entre responsabilité stratégique et opérationnelle ne doit pas être définie uniquement en fonction de la technique, mais aussi du cœur de métier de l’entreprise. Ce qui est critique pour une PME SaaS ne sera pas le même que pour une entreprise industrielle ou un acteur de la santé.

Une approche pragmatique consiste à se poser quelques questions simples :

  • Quelles parties de notre infrastructure cloud créent directement de la valeur métier ou un avantage concurrentiel ?
  • Quelles briques peuvent être considérées comme des services managés standard, sans impact différenciant pour nos clients ?
  • Où avons nous besoin de garder une expertise forte en interne, et où pouvons nous nous appuyer sur un prestataire sans risque pour notre autonomie ?

Les réponses à ces questions permettent de décider ce qui doit rester piloté de près par le CTO et son équipe, et ce qui peut être confié à un fournisseur de services dans un modèle d’infogérance. Cette réflexion sera aussi essentielle pour structurer la gouvernance, la gestion des coûts et la relation avec le prestataire sur la durée.

Construire un modèle de gouvernance adapté à l’infogérance cloud

Clarifier qui décide, qui exécute et qui contrôle

Dans un modèle d’infogérance cloud, la première brique de gouvernance consiste à clarifier les rôles entre l’entreprise, l’équipe ops interne et le prestataire. Sans cette clarification, la gestion du cloud devient vite un enchevêtrement de tickets, de décisions implicites et de zones grises sur la sécurité ou les coûts.

Concrètement, il s’agit de distinguer trois niveaux :

  • La décision : arbitrages sur les plateformes, les services cloud, les niveaux de sécurité, les budgets, les priorités du système d’information.
  • L’exécution : déploiement de l’infrastructure cloud, maintenance informatique, opérations quotidiennes, support technique.
  • Le contrôle : suivi des indicateurs, vérification de la conformité réglementaire, audit des mesures de sécurité et de la qualité de service.

Dans une PME comme dans une grande entreprise, la gouvernance efficace repose sur un principe simple : le fournisseur de services et l’entreprise d’infogérance exécutent et conseillent, mais la responsabilité finale des choix structurants reste dans l’entreprise. Le CTO garde la main sur le système d’information, même si une partie de la gestion infrastructure est externalisée.

Mettre en place un comité de gouvernance cloud opérationnel

Pour éviter que la relation avec le prestataire d’infogérance cloud ne se résume à des échanges de tickets, il est utile de formaliser un comité de gouvernance. Ce n’est pas un gadget de plus, c’est l’instance où se gèrent les arbitrages entre coûts, sécurité, performance et besoins métier.

Ce comité doit réunir au minimum :

  • Le CTO ou son représentant, garant de la vision globale du système d’information.
  • Un représentant de l’équipe ops ou de la production informatique.
  • Le responsable de compte côté prestataire d’infogérance cloud.
  • Selon les enjeux, un représentant sécurité ou conformité.

Ses missions typiques :

  • Valider les évolutions d’architecture (cloud privé, cloud public, solutions hybrides).
  • Arbitrer les choix de services managés proposés par le fournisseur.
  • Suivre les incidents majeurs et les plans d’actions associés.
  • Revoir régulièrement les coûts et l’usage des ressources informatiques.
  • Vérifier la bonne application des mesures de sécurité et des engagements de support technique.

La fréquence dépend de la taille de l’infrastructure cloud et du rythme de changement, mais un point mensuel est souvent un bon compromis pour les entreprises en croissance.

Définir des responsabilités partagées avec le prestataire

Un modèle de gouvernance adapté à l’infogérance cloud repose sur une matrice de responsabilités claire. Sans cela, la gestion des incidents, la sécurité des données ou la maintenance informatique deviennent des sujets de friction entre l’entreprise et le fournisseur de services.

Une matrice de type RACI (Responsable, Approbateur, Consulté, Informé) appliquée aux domaines clés permet de cadrer la relation :

Domaine Entreprise / CTO Prestataire d’infogérance Fournisseur cloud
Architecture infrastructure cloud Approbateur Responsable de la conception détaillée Consulté (bonnes pratiques, limites techniques)
Sécurité des données et conformité réglementaire Responsable et approbateur Responsable de la mise en œuvre des mesures de sécurité Responsable des contrôles sur la plateforme
Gestion des accès et identités Approbateur des politiques Responsable de l’implémentation et du support technique Fournisseur des briques techniques
Gestion des coûts et optimisation Responsable des arbitrages budgétaires Responsable des recommandations d’optimisation Fourniture des outils de suivi
Continuité d’activité et reprise après sinistre Approbateur des objectifs (RPO, RTO) Responsable de la mise en œuvre opérationnelle Responsable de la résilience de la plateforme

Ce type de cadrage évite les malentendus au moment où un incident touche les systèmes critiques ou les données sensibles. Il renforce aussi la crédibilité de l’entreprise vis à vis des métiers, qui savent à qui s’adresser selon les sujets.

Structurer la gestion des coûts et des niveaux de service

La gouvernance ne se limite pas à la sécurité et à la technique. Dans un contexte d’infogérance cloud, la gestion des coûts et des niveaux de service doit être intégrée au modèle de pilotage, sinon l’entreprise perd rapidement la maîtrise de son budget.

Deux axes sont essentiels :

  • Des indicateurs partagés : consommation des ressources, coûts par environnement, par produit ou par équipe, taux d’utilisation des services managés, incidents impactant le coeur métier.
  • Des revues régulières : analyse des dérives, décisions d’optimisation, ajustement des engagements de service.

Pour les entreprises qui opèrent dans des secteurs à marges serrées, il devient stratégique de relier la facture cloud aux usages métiers. Un modèle de gouvernance mature intègre donc des outils et méthodes pour optimiser la gestion des coûts cloud et rendre les arbitrages plus factuels.

Le prestataire d’infogérance doit être force de proposition sur ces sujets, mais c’est bien l’entreprise qui décide des compromis entre performance, résilience, sécurité et coûts. Là encore, le rôle du CTO est de fixer le cadre et les priorités, puis de laisser l’exécution au partenaire.

Intégrer la sécurité et la conformité au cœur de la gouvernance

Avec l’infogérance cloud, la sécurité ne peut plus être gérée comme un sujet annexe. Les données, les systèmes et l’infrastructure sont répartis entre plusieurs acteurs : entreprise, prestataire, fournisseur de services cloud. Sans modèle de gouvernance solide, les mesures de sécurité se fragmentent et la conformité réglementaire devient difficile à démontrer.

Un modèle robuste inclut au minimum :

  • Une politique de sécurité des données formalisée, partagée avec le prestataire.
  • Des revues de sécurité régulières : patchs, durcissement des systèmes, gestion des vulnérabilités.
  • Des processus d’escalade clairs en cas d’incident de sécurité.
  • Une traçabilité des actions sur l’infrastructure cloud et les services managés.

Le but n’est pas de multiplier les comités, mais de s’assurer que la sécurité et la conformité réglementaire sont intégrées dans les décisions quotidiennes de gestion infrastructure, et pas seulement dans les documents contractuels.

Aligner la gouvernance cloud sur le coeur métier

Enfin, un modèle de gouvernance adapté à l’infogérance cloud doit rester lisible pour les métiers. Si la relation avec le prestataire se résume à des discussions techniques sur les plateformes, les systèmes ou les solutions, l’entreprise passe à côté des véritables avantages du cloud gestion.

Le rôle du CTO est d’orchestrer un modèle où :

  • Les métiers comprennent les impacts des choix d’architecture sur la disponibilité et la performance des services.
  • L’équipe ops interne garde une vision globale des systèmes d’information, même si une partie de la maintenance informatique est externalisée.
  • Le prestataire d’infogérance cloud est évalué non seulement sur les SLA techniques, mais aussi sur sa capacité à soutenir les objectifs métier.

C’est cette articulation entre gouvernance technique, gestion des coûts, sécurité des données et attentes métier qui permet aux entreprises de tirer pleinement parti de l’infogérance, sans perdre le contrôle de leur infrastructure cloud ni de leurs ressources informatiques.

Éviter la perte de compétences internes tout en tirant parti de l’externalisation

Organiser la complémentarité entre l’équipe interne et le prestataire

Le risque majeur avec l’infogérance cloud, ce n’est pas seulement la dépendance au fournisseur de services, c’est la perte progressive de maîtrise sur votre système d’information. Quand toute la gestion de l’infrastructure cloud, de la maintenance informatique et des services managés bascule chez un prestataire, l’équipe interne peut se retrouver cantonnée au support de niveau 1 ou à la simple coordination de tickets.

Pour une entreprise, en particulier une PME, l’enjeu est de garder une équipe ops capable de comprendre les choix techniques, challenger les solutions proposées et piloter la sécurité des données. Cela suppose de définir clairement :

  • Ce qui relève du coeur métier de l’équipe interne (architecture, sécurité, gouvernance, pilotage des coûts)
  • Ce qui peut être confié au prestataire d’infogérance cloud (exploitation, supervision, maintenance, support technique)
  • Les zones de recouvrement où les deux équipes doivent collaborer (gestion des incidents majeurs, évolutions d’architecture, conformité réglementaire)

Concrètement, cela passe par une cartographie des services cloud et des systèmes informatiques, avec pour chaque brique une répartition claire des responsabilités entre entreprise et fournisseur de services. Sans ce travail, la frontière devient floue et les compétences internes se dégradent rapidement.

Structurer un plan de maintien et de montée en compétences

Externaliser une partie de la gestion de l’infrastructure ne doit pas signifier renoncer aux compétences techniques en interne. Au contraire, l’infogérance cloud peut devenir un levier pour faire monter l’équipe en expertise, à condition de structurer un plan explicite.

Quelques leviers concrets pour une entreprise d’infogérance maîtrisée :

  • Co-construction des architectures : impliquer systématiquement l’équipe interne dans les décisions d’architecture cloud (cloud privé, cloud public, infrastructure cloud hybride, choix de plateforme et de services managés).
  • Shadowing et pair work : organiser des sessions où les ingénieurs du prestataire réalisent des opérations de gestion d’infrastructure en présence de l’équipe interne, avec explication détaillée des choix et des mesures de sécurité.
  • Transfert de compétences formalisé : prévoir dans le contrat d’infogérance des sessions régulières de formation ciblée sur les nouveaux services cloud, les évolutions de sécurité et les bonnes pratiques de gestion des coûts.
  • Rotation des responsabilités : sur certains périmètres stables, faire alterner exploitation par le prestataire et reprise temporaire par l’équipe interne, pour éviter la perte de réflexes opérationnels.

L’objectif n’est pas de transformer l’équipe interne en clone du fournisseur de services, mais de conserver une capacité d’analyse, de décision et de contrôle sur l’ensemble du système d’information et des ressources informatiques.

Choisir ce qu’il faut absolument garder en interne

Tout n’a pas la même valeur stratégique. Certaines briques peuvent être confiées sans risque majeur à un prestataire d’infogérance, d’autres doivent rester au plus près de l’entreprise. C’est un arbitrage clé pour le CTO, qui doit concilier avantages de l’externalisation et maîtrise du coeur métier.

En pratique, il est pertinent de garder en interne :

  • La vision d’architecture globale du système d’information et de l’infrastructure cloud, y compris la cohérence entre cloud privé, cloud public et solutions on premise.
  • La gouvernance de la sécurité : définition des politiques de sécurité des données, exigences de conformité réglementaire, validation des mesures de sécurité proposées par le prestataire.
  • Le pilotage des coûts : arbitrage entre services cloud, suivi des coûts, décisions d’optimisation et de rationalisation des ressources.
  • La connaissance métier : compréhension fine des processus de l’entreprise, des contraintes des équipes métiers et des impacts des choix techniques sur la valeur produite.

À l’inverse, la maintenance informatique de niveau bas, certaines tâches répétitives de gestion, ou encore l’exploitation 24/7 de l’infrastructure peuvent être confiées à un prestataire, tant que le contrat garantit un niveau suffisant de transparence et de réversibilité.

Encadrer la dépendance au prestataire par des mécanismes de réversibilité

La dépendance à un fournisseur de services ou à une entreprise d’infogérance n’est pas un problème en soi, tant qu’elle est maîtrisée. Le vrai risque apparaît lorsque l’équipe interne ne sait plus comment fonctionnent les systèmes, ni comment reprendre la main en cas de rupture de contrat ou de défaillance du prestataire.

Pour limiter ce risque, il est essentiel de prévoir des mécanismes concrets de réversibilité et de transfert de connaissances :

  • Documentation vivante : exiger une documentation à jour sur l’architecture, les procédures d’exploitation, les configurations de sécurité et les flux de données critiques.
  • Accès aux plateformes : s’assurer que l’entreprise conserve les accès administrateurs aux consoles cloud, aux outils de gestion et aux systèmes clés, même si le prestataire opère au quotidien.
  • Tests de reprise : organiser régulièrement des exercices de reprise partielle ou totale de l’exploitation par l’équipe interne ou par un autre fournisseur, pour valider la faisabilité réelle de la réversibilité.
  • Clauses contractuelles : intégrer des obligations précises de transfert de compétences, de restitution des configurations et de support technique de sortie en cas de fin de contrat.

Ces mécanismes ne sont pas qu’une précaution juridique. Ils obligent le prestataire à structurer ses services d’infogérance cloud de manière industrialisée, et ils poussent l’équipe interne à rester impliquée dans la compréhension des systèmes.

Aligner compétences, sécurité et maîtrise des coûts

Enfin, la question des compétences ne peut pas être dissociée de la sécurité et des coûts. Une équipe interne déconnectée des choix techniques aura du mal à évaluer la pertinence des mesures de sécurité, la robustesse des solutions mises en place ou la réalité des optimisations de coûts proposées par le prestataire.

Pour garder le contrôle, l’entreprise doit être capable de :

  • Comprendre les arbitrages entre performance, sécurité et coûts sur chaque brique d’infrastructure cloud
  • Évaluer la qualité des services managés fournis (support technique, supervision, gestion des incidents)
  • Apprécier l’impact des choix d’architecture sur la sécurité des données et la conformité réglementaire
  • Dialoguer d’égal à égal avec le fournisseur de services sur les évolutions de la plateforme et des systèmes

Cela suppose une base de compétences solide en interne, même si une partie de l’exploitation est externalisée. L’infogérance cloud devient alors un accélérateur, pas un substitut, de la maturité informatique de l’entreprise.

Repenser la gestion des coûts cloud avec un prestataire d’infogérance

Mettre la maîtrise financière au même niveau que la maîtrise technique

Avec l’infogérance cloud, la question des coûts n’est plus seulement un sujet de négociation commerciale. Elle devient un enjeu de pilotage continu, au même titre que la performance ou la sécurité des systèmes. Pour un CTO, cela implique de structurer une vraie gouvernance de la gestion financière du cloud, partagée entre l’équipe interne et le prestataire d’infogérance.

Le risque est connu : une infrastructure cloud qui semble flexible au départ, mais qui dérive progressivement, avec des ressources surdimensionnées, des services cloud oubliés, des options de sécurité facturées mais mal utilisées. Sans cadre clair, l’entreprise se retrouve avec une facture en hausse constante, sans gain réel pour le système d’information.

La première étape consiste à définir ce qui relève du coût métier et du coût d’infrastructure. Par exemple :

  • Ce qui dépend directement des choix produits et des usages métier (volumétrie de données, pics de trafic, nouveaux services numériques).
  • Ce qui dépend de la gestion infrastructure et des décisions techniques (type d’instances, stockage, redondance, mesures de sécurité, architecture cloud public ou cloud privé).

Cette séparation permet de clarifier la responsabilité du prestataire d’infogérance cloud sur l’optimisation des ressources informatiques, tout en gardant en interne les arbitrages liés au cœur métier.

Mettre en place un modèle FinOps adapté à l’infogérance

Dans un contexte d’infogérance cloud, le FinOps ne peut pas être une simple initiative interne. Il doit être intégré au contrat et au mode de fonctionnement avec le fournisseur de services et l’entreprise d’infogérance.

Concrètement, cela passe par un cadre commun entre l’équipe ops interne, le support technique du prestataire et, idéalement, la direction financière :

  • Un budget cloud cible, décliné par environnement (production, préproduction, test) et par type de services managés.
  • Des indicateurs partagés : coût par application, par produit, par client, ou par unité métier, selon l’organisation de l’entreprise.
  • Des revues régulières (mensuelles ou trimestrielles) pour analyser les dérives, les pics de consommation, les changements d’architecture.
  • Des actions d’optimisation planifiées : rightsizing des instances, rationalisation du stockage, ajustement des niveaux de redondance et de sécurité des données.

Le rôle du CTO est de s’assurer que ces rituels ne restent pas théoriques. Ils doivent être intégrés au fonctionnement normal de l’infogérance cloud, au même titre que la maintenance informatique ou la gestion des incidents.

Clarifier qui décide quoi sur les ressources et les services cloud

La maîtrise des coûts passe aussi par une claire répartition des décisions entre l’entreprise et le prestataire. Sans cela, l’infogérance peut conduire à une inflation silencieuse des services cloud, au fil des demandes opérationnelles.

Un bon réflexe consiste à formaliser des seuils de décision :

  • Ce que le prestataire peut ajuster seul (par exemple, augmenter temporairement une ressource pour absorber un pic de charge, dans une enveloppe budgétaire définie).
  • Ce qui nécessite une validation du CTO ou d’un référent interne (ajout d’un nouveau service managé, changement de classe de stockage, extension d’une plateforme cloud à une nouvelle région).
  • Ce qui relève d’un arbitrage stratégique (migration vers une autre infrastructure cloud, changement de fournisseur services, bascule vers un cloud privé ou un cloud public différent).

Cette grille de décision doit être alignée avec les enjeux de sécurité, de conformité réglementaire et de continuité de service. Un service moins cher mais qui fragilise la sécurité des systèmes ou la conformité réglementaire n’est pas une économie, c’est un risque.

Exiger de la transparence et des données exploitables

Pour reprendre le contrôle sur les coûts, l’entreprise a besoin de visibilité. Cela suppose que le prestataire d’infogérance fournisse des données claires, exploitables, et pas seulement une facture globale.

Quelques bonnes pratiques à exiger dans le cadre de l’infogérance cloud :

  • Une ventilation détaillée des coûts par environnement, par application, par type de ressources (compute, stockage, réseau, sécurité, services managés).
  • Des tableaux de bord accessibles à l’équipe interne, avec une granularité suffisante pour comprendre les tendances.
  • Des alertes de dépassement de seuils budgétaires, configurées conjointement avec l’équipe ops.
  • Des rapports d’optimisation réguliers, avec des recommandations concrètes et chiffrées, pas seulement des graphiques.

Le CTO doit pouvoir challenger ces rapports, poser des questions simples : pourquoi cette hausse ? quel avantage métier réel derrière ce surcoût ? existe-t-il une autre solution technique, plus sobre, qui respecte les mêmes exigences de sécurité et de performance ?

Aligner coûts, sécurité et qualité de service

La tentation, dans beaucoup de PME comme dans de plus grandes entreprises, est de traiter la réduction des coûts cloud comme un exercice purement financier. C’est une erreur. Dans un système information moderne, les coûts sont intimement liés à la sécurité, à la résilience et à la qualité de service.

Réduire une redondance, baisser un niveau de sauvegarde, limiter certaines mesures de sécurité peut faire baisser la facture à court terme, mais exposer l’entreprise à des incidents majeurs, voire à une perte de données. À l’inverse, surdimensionner systématiquement l’infrastructure cloud au nom de la sécurité ou de la performance conduit à un gaspillage de ressources informatiques.

Le bon équilibre se trouve en travaillant avec le prestataire sur des scénarios concrets :

  • Quel est le coût d’un arrêt de service de 1 heure, 4 heures, 1 journée pour l’entreprise ?
  • Quel est le niveau de risque acceptable pour chaque application ou service métier ?
  • Quels services managés de sécurité sont réellement nécessaires pour protéger les données sensibles, et lesquels sont optionnels ?

Ce travail permet de définir des niveaux de service et de sécurité adaptés à chaque brique du système d’information, et donc des coûts alignés sur la criticité réelle, pas sur un principe de précaution généralisé.

Faire de la gestion des coûts un levier de collaboration, pas de tension

Enfin, la manière dont les coûts sont gérés influence directement la qualité de la relation avec le prestataire d’infogérance. Si chaque facture devient un sujet de conflit, la collaboration se dégrade, et l’entreprise perd en agilité.

Pour éviter cela, il est utile de :

  • Traiter la question des coûts comme un sujet de co-pilotage, pas comme un contrôle unilatéral.
  • Intégrer des objectifs partagés dans le contrat : par exemple, maintenir les coûts unitaires sous un certain seuil tout en respectant des engagements de sécurité et de disponibilité.
  • Prévoir des revues stratégiques annuelles ou semestrielles, distinctes des comités opérationnels, pour discuter des évolutions de la plateforme, des nouveaux services cloud, des opportunités d’optimisation structurelle.

Dans ce modèle, la gestion des coûts n’est plus seulement une contrainte, mais un levier pour améliorer l’architecture, rationaliser les solutions, et concentrer les ressources sur le cœur métier de l’entreprise. C’est précisément là que le rôle du CTO reprend tout son sens, même dans un contexte d’infogérance cloud avancée.

Sécuriser la relation d’infogérance cloud sur le long terme

Mettre en place un cadre contractuel qui protège vraiment l’entreprise

La relation d’infogérance cloud ne se sécurise pas uniquement avec des outils de securite ou des mesures techniques. Le premier levier, c’est le contrat. Pour une entreprise ou une pme, c’est ce qui va cadrer la gestion de l’infrastructure cloud, des services cloud et du support technique sur plusieurs années.

Quelques points à verrouiller dès le départ avec le prestataire ou le fournisseur services :

  • Réversibilité et portabilité : comment récupérer les donnees, les configurations et les scripts d’infrastructure si l’entreprise change de fournisseur ou réinternalise une partie de la maintenance informatique ?
  • Niveaux de service (SLA) : disponibilité des services manages, délais de prise en charge des incidents, temps de rétablissement des systemes critiques du systeme information.
  • Responsabilités partagées : qui fait quoi entre l’equipe interne, l’equipe ops et l’entreprise infogerance pour la gestion infrastructure, la securite donnees et les mises à jour des solutions ?
  • Gestion des couts : règles de facturation, alertes en cas de dérive, modalités de revue régulière des couts liés au cloud et aux services manages.
  • Conformite reglementaire : clauses spécifiques sur la localisation des donnees, les audits, les journaux d’accès, les obligations en cas d’incident de securite.

Ce cadre doit rester vivant : il est utile de prévoir des comités de pilotage trimestriels pour ajuster les engagements en fonction de l’évolution de l’infrastructure, des ressources informatiques et des priorités du coeur metier.

Organiser une gouvernance conjointe avec le prestataire

Pour sécuriser la relation d’infogerance cloud sur le long terme, la gouvernance ne peut pas être entièrement déléguée. Le cto doit garder la main sur les décisions structurantes, même si l’entreprise s’appuie sur un fournisseur services pour l’opérationnel.

Une gouvernance efficace repose sur quelques rituels simples :

  • Comité stratégique : 1 à 2 fois par an, pour aligner la feuille de route cloud gestion avec la stratégie du systeme information et du coeur metier.
  • Comité opérationnel : mensuel ou bimestriel, pour suivre les incidents, les changements sur l’infrastructure cloud, les mesures securite et les optimisations de couts.
  • Revues de performance : analyse des indicateurs clés (disponibilité, temps de réponse, incidents de securite, qualité du support technique).

L’objectif n’est pas de micro manager le prestataire, mais de garder une vision claire de la santé des services cloud, de la securite donnees et de la capacité de l’infrastructure à soutenir les projets de l’entreprise.

Assurer une sécurité et une conformité durables

Sur la durée, le risque principal n’est pas seulement l’incident ponctuel, mais la dérive progressive des pratiques de securite. Les systemes évoluent, les ressources informatiques changent, les services manages se multiplient, et les règles de conformite reglementaire se durcissent.

Pour une entreprise ou une pme, il est essentiel de structurer un socle commun avec le prestataire :

  • Politiques de securite formalisées : gestion des accès, segmentation des systemes, chiffrement des donnees sur cloud public et cloud prive.
  • Mesures securite standardisées : revue régulière des droits, tests de restauration, supervision de l’infrastructure cloud et des services cloud.
  • Processus d’incident : qui alerte, qui décide, qui communique, comment sont tracés les impacts sur le systeme information et les plateforme critiques.
  • Audits périodiques : internes ou externes, pour vérifier que les engagements de l’infogerance sont bien respectés dans le temps.

Les référentiels publics de bonnes pratiques en securite cloud et en gestion des systemes d’information constituent une base utile pour cadrer ces exigences et les faire vivre dans la durée.

Préserver l’indépendance stratégique de l’entreprise

Une relation d’infogerance cloud réussie doit apporter des avantages clairs en termes de fiabilité, de maintenance informatique et de maîtrise des couts, sans enfermer l’entreprise dans un modèle rigide. Le risque de dépendance excessive au fournisseur ou à une plateforme unique est réel, surtout lorsque l’equipe ops interne se réduit.

Pour garder une marge de manœuvre :

  • Documenter les architectures et les choix techniques, même si l’entreprise infogerance gère l’infrastructure au quotidien.
  • Maintenir un minimum de compétences internes sur les briques clés du cloud (réseau, securite, automatisation, observabilité).
  • Éviter les verrous techniques inutiles sur une seule plateforme ou un seul fournisseur services, quand l’usage d’API ou de standards ouverts est possible.
  • Prévoir des scénarios de sortie réalistes, y compris en cas de changement de modèle entre cloud public, cloud prive ou hybride.

Le rôle du cto est ici central : garder une vision long terme de l’architecture, des solutions et de la gestion infrastructure, pendant que le prestataire se concentre sur l’exécution quotidienne et le support technique.

Faire évoluer la relation au rythme du métier

Enfin, sécuriser la relation d’infogerance sur le long terme, c’est accepter qu’elle doive évoluer. Les besoins du coeur metier changent, les services cloud se transforment, les contraintes de conformite reglementaire se renforcent. Une cloud infogerance figée finit par devenir un frein.

Pour éviter cela, il est utile de :

  • Revoir régulièrement le périmètre des services manages : ce qui doit rester chez le prestataire, ce qui doit revenir vers l’equipe interne.
  • Aligner les objectifs de l’infogerance cloud avec les nouveaux projets du systeme information et les priorités du coeur metier.
  • Mettre en place des indicateurs qui mesurent non seulement la technique (disponibilité, incidents), mais aussi la valeur apportée à l’entreprise (time to market, flexibilité, capacité à lancer de nouveaux services).

Une relation d’infogerance durable est une relation où le cto reste en position de pilotage, avec une vision claire des risques, des avantages et des arbitrages entre externalisation et maîtrise interne des ressources informatiques.

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